DOCU : BERLIN, LE MUR DES SONS

QUAND LES BERLINOIS DANSAIENT ENTRE DEUX MURS

Titre original : Party auf dem Todesstreifen
(que l’on pourrait traduire par Soirée sur le Tronçon de la mort)
Un film de Felix Denk, Gunther Kreis, Rolf Lambert et Sven Vön Thulen

Arte nous propose, en cet été 2014, un documentaire sur la scène Techno berlinoise.

Avant de parler de la réalisation du film et de tout le bien que j’en pense, j’ai une grosse critique à l’encontre de la chaîne qui nous met des voix françaises sur les voix allemandes au lieu de simplement sous-titrer……

C’est digne d’un reportage d’une grande chaîne française qui a la réputation de faire plutôt dans le bulldozer commercial que dans la dentelle culturelle… Dommage !

Mais que cela ne t’empêche pas de te délecter du docu !

Basé sur le livre “Der Klang der Familie” de Sven Thülen et Felix Denk, qui relate les débuts de la scène Techno à Berlin, le film nous permet de découvrir les visages de certains des protagonistes actifs dès la fin des années ’80 (et pour savoir ce qui se passait la décennie avant, il faut voir le film B-Movie).

Death Strip

Un petit mot sur le titre allemand qui fait référence au “Tronçon de la mort” : à savoir la bande de terre située entre deux murs, et qui était surveillée vingt quatre heures sur vingt quatre par les militaires est Allemands.

Ceux-ci avaient ordre de tirer sur toute personne tentant de passer. L’expression “mur de Berlin” recouvre en réalité cet ensemble beaucoup plus large.

Si tu visites la ville, tu peux avoir une idée plus claire de ce que cela implique en visitant le Mauerpark (le Parc du mur) et surtout en te rendant au Mémorial qui lui est dédié.

Etat des lieux

La qualité du documentaire est indéniable !

D’abord au niveau narratif, on sent l’inspiration du bouquin puisqu’on avance dans la thématique chapitre après chapitre.

Tout commence par un état des lieux : Berlin Ouest, fin ’80, est une ville rock’n’roll, voire punk. Cette mentalité punk va d’ailleurs être transmise à la culture techno qui voit le jour. Une petite poignée d’allumés s’intéressent à ses sons venus d’ailleurs (Detroit en particulier) et se retrouvent pour danser à l’UFO.

A Berlin Est, il y a aussi des allumés : l’oreille collée à la radio ! Car un régime qui a placé un mur pour enfermer sa population a quand même du mal à empêcher les ondes hertziennes de passer ! C’est l’époque où, sur une chaîne ouest berlinoise, Radio 4U, l’émission “The Big Beat”, présentée par Moni D. (Monika Dietel), leur donne la fièvre du samedi soir, et certains malins enregistrent les sons sur cassette !

L’histoire avance au rythme de l’Histoire : on passe à la chute du mur et les conséquences immédiates sur la jeunesse berlinoise….La réunification mettre peut-être un an à se faire, mais sur le piste de danse, c’est une réalité dès le premier soir !

Bien sûr, quel que soit le bout par lequel on prend cette période, le chaos semble avoir régné. Chaos créateur de merveilleuses opportunités tant au niveau des lieux à exploiter que des matériaux à récupérer pour organiser des soirées.

Les années ’90 sont celles des raves party… et Berlin ne fait évidemment pas exception ! Comment faire pour ne pas en rater une seule ? Appeler la Rave line… enfin si tu as la chance d’en connaître le numéro…

Le coeur du documentaire, c’est quand même la Techno : le son est bien entendu à l’honneur. DJ Jauche ou même DJ Tanith nous expliquent leurs expérimentations sonores et les appareils utilisés. Le producteur britannique Mark Reeder nous donne son témoignage. Johnny Steisel se souvient s’être rendu World of Music pour acheter des disques, dès qu’il a pu accéder à l’Ouest.

Simone Kroll nous raconte leur bonheur de danser sur la musique, le sourire aux lèvres. Et Arne Grahm a fêté, comme tant d’autres, la chute du mur en allant danser toute la nuit à l’UFO sur ce son qui les fait tous vibrer !

Forcément, cette culture naissante a très vite influencé le reste du pays, et en particulier l’ancienne Allemagne de l’Est. L’énergie, l’enthousiasme que cela a provoqué chez certains ont donné naissance à des clubs dans d’autres villes : dont Distillery, à Leipzig, fondé par Steffen Kache.

Puisque l’Ouest n’a plus aucun endroit exploitable, Berlin Est est investie. Et les jeunes qui y ont grandi s’investissent : ils sont souvent derrière certains des meilleurs concepts. Quant à la nouvelle émission radio que personne ne rate, c’est celle présentée par Marusha sur la radio est-allemande DT64 !

En l’écoutant, c’est l’ambiance des clubs de l’époque comme les UFO, E-Werk, et les soirées Teknozid qui passe à travers les baffles. Des noms qui font partie de l’histoire de la Techno, aux côtés du Tresor, le seul à encore exister aujourd’hui (bien que cela ne soit plus sur son emplacement d’origine).

It’s all about party

Les souvenirs des fêtes sont à l’honneur tout au long du film pour atteindre son paroxysme lors des images du Summer of Love de 1991 ! Très vite, la musique qui n’intéressait qu’une niche devient populaire et touche un public de plus en plus important….

Et puis, les choses s’accélèrent et la scène se commercialise… Pendant qu’à l’échelle plus large l’Allemagne se réunifie, adopte une monnaie unique, à Berlin, les promoteurs se disputent les friches…

En gros la ville se reconstruit afin de remplir le trou béant laissé par le “Death Strip” (tronçon de la mort que j’ai expliqué ci-dessus).

Rave-eille

Les dernieres parties du film parlent de tout cela : ce retour à la réalité, parfois même ce sentiment de trahison face à des récupérations de ”leur” scène par des partis politiques, voire même des DJ’s a la carrière internationale.

Mais aussi, la consommation de drogues.

C’est assez intéressant car cette partie reflète quelque peu la naïveté de certains des témoins que l’on voit dans le film : Wolle XDP, par exemple, est surpris de découvrir que pendant qu’ils s’éclataient tous sur la musique, sans avoir besoin de substances, certains ont plongé dans les drogues dures.

Cette naïveté – touchante – reflète sans doute l’esprit de la fête et de la découverte du monde dans lequel ils étaient à cet âge-là dans une ville dont une partie était relativement vide d’habitants, au moment où des nouveaux sons et toute une culture débarquait dans leur vie, mais également dans notre monde.

Archives

Si le documentaire vaut la peine d’être vu par toute personne intéressée par la culture Techno, c’est également pour la découverte de Berlin de la fin des années ’80 et début des années ’90.

On a droit a des images d’archives exceptionnelles, dont les magnifiques clichés de Ben De Biel (et je t’invite à visiter son site pour en découvrir d’autres).

Mitte
© Ben De Biel

Il y a aussi des images tirées d’autres documentaires : tels que ”SubBerlin” de Tilmann Kunzel sur l’histoire du club Tresor et ”80.000 shots Berlin” de Manfred Walther et ses images en slow-motion où l’on voit les alentours de la Postdamer Platz se reconstruire à la vitesse V² ou des gens se balader entre les deux murs après la chute de celui-ci !

People

Enfin, le film est également l’occasion de découvrir les visages et d’entendre la version des protagonistes, toujours bien présents sur la scène berlinoise ou internationale : Dimitri Hegemann qui est l’un des fondateurs et gérant du Tresor et Laurent Garnier, par exemple !

Et surtout, ce qui m’a particulièrement plu c’est la présence de nombreuses femmes : les présentatrices d’émissions de radio cultes déjà citées, mais également quelques autres comme les fondatrices de la Love Parade Danielle De Piccioto et Katie Schwind et l’artiste Elsa 4Toys.

Enfin, si tu as raté cette époque, n’aies pas trop de regrets : plusieurs intervenants nous rassurent : la culture alternative berlinoise d’aujourd’hui est toujours très riche.

D’ailleurs, malgré le fait que certains pensent que l’ordre règne à Berlin, plusieurs des témoins déclarent que le chaos perdure dans la ville. Il suffit pour s’en rendre compte de casser les murs que tu as dans ta tête !

MISE A JOUR : L’intégralité du film est à présent disponible en ligne :

Yelyam

 

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