et deux ans passèrent

dans son roman, The American Pastoral, Philip Roth nous raconte l’histoire d’un homme dont la fille commet, un jour, l’irréparable : un acte terroriste. on est à la page 150 et des poussières d’un livre qui en fait plus de 400. il fait monter le climax de l’histoire jusqu’à cet instant où tout bascule. on lit que le héros refuse de croire que sa fille est coupable, on se prépare pour les nombreuses pages suivantes et l’on imagine déjà les conversations, les dialogues, les échanges houleux, douloureux. on a du temps devant nous pour explorer tout cela, tant de pages.

on tourne donc la page, le paragraphe sur le doute se termine. et là, surprise, le paragraphe suivant commence par ces mots : “et cinq ans passèrent”.

à la lecture de ces quelques mots, je me souviens m’être arrêtée, assez longtemps. mes pensées tentent de trouver tout ce que ces cinq années ont bien pu contenir de souffrances, de réflexions, de recherches, de doutes, de haine, d’amour, d’exaspération, de frustration, de lettres restées sans réponses, de regards des voisins, de contacts avec les autorités, de sentiment de culpabilité, de cauchemars, d’insomnies, d’espoirs, et comment toutes ses émotions et ses pensées ont certainement changé nos personnages que nous retrouvons cinq ans plus tard. 

je me souviens avoir également pensé que je ne voyais pas un moment de ma vie, où l’on pourrait s’arrêter et décider d’aller tout de suite quelques années plus tard, pour observer le changement. et pourtant nous voilà, en ce joli mois de mars 2022 qui semble rivaliser en bleu et en beauté avec celui de 2020. 

deux ans ont donc passé. 

deux années où nous avons vécu un trauma commun sur lesquels nous n’avons sans doute pas envie d’épiloguer, tant nous nous sommes abreuvées de kilomètres de caractères de commentaires et d’articles. deux années durant lesquels nous avons changé, pas forcément en bien ou en mal, ça dépend pour qui, ça dépend à quel niveau. en tout cas, nous avons un moment dont on peut vraiment, ensemble, tracer l’avant et l’après.

et notre ville dans tout ça ? et notre envie de sorties et de découvertes et de rencontres et de discussions et de verres sur des terrasses et de spectacles qui nous aideraient à nous échapper ? comment a-t-elle changé ? 

je constate que beaucoup de collectives et collectifs d’artistes, ou d’artivistes mettent de l’énergie à organiser quelque chose… souvent avec une réflexion sur un aspect politique particulier, qui est affiché de manière plus ostentatoire qu’avant. toi, qui me lis depuis des années, tu sais que fêtes, arts et valeurs politiques ont majoritairement dictés mes choix… cette fois-ci quelle que soit la direction que prend mon regard, il tombe sur une déclaration : identité située, public particulier visé, thème abordé, informations pratiques de l’évènement, idée à l’origine de celui-ci : tout est réfléchi à la lumière des valeurs politiques que l’on affiche. 

bien / pas bien ? je n’ai pas vraiment d’avis dessus. je sais que des trucs m’irritent, d’autres me rassurent. par exemple, ça m’énerve un peu de voir fleurir partout “interdit aux cis-mecs hétéros”… une pratique nécessaire et utile pour les groupes de paroles, d’échanges, surtout au sein de groupes de personnes marginalisées. 

il est aussi utile pour programmer un line up ou une exposition et s’assurer de visibiliser les femmes, et toutes les minorités de genre, trop souvent perdues dans des programmations masculines. ce qui commence à m’irriter, c’est que je le vois utilisé trop souvent, “mainstraimisé”, ce qui ne manquera pas de le vider de sa substance, surtout si “le non” devient un réflexe et qu’on arrive au moment où on en fait un principe de base sans réflexion. et je le vois venir, car les mots sont de plus en plus souvent écrits comme ça en mode brut, sans par ailleurs préciser quel‧les membres de quel groupe particulier sont les bienvenu‧es, ni la raison d’être de cette restriction… 

surtout que les mecs cis, sont ceux qui, en effet, bénéficient sans doute le plus du système dans lequel nous vivons, mais ils ne sont pas les seuls et les lieux sans eux ne sont pas miraculeusement sans violences ni dangers. j’ai en moi des graines de l’oppresseur, … toi aussi, c’est difficilement évitable 

et puis, un événement sans mecs cis hétéros noirs mais avec des femmes blanches bourgeoises ? perso, je suis pas convaincue que j’y gagne au change… (spoilier : je sais que non). 

bref, j’ai pas de solutions précises, j’ouvre un dialogue en mettant mes réflexions sur ce site, comme toujours…

je suis en tout cas contente de pouvoir ressortir librement, sans réserver nécessairement partout. perso, je fais quand même toujours attention : je pratique l’auto-défense sanitaire, en solidarité avec les personnes faibles, les communautés à travers le monde qui n’ont pas les mêmes accès que nous à des soins de santé. ce serait cool que dans les idées politiques fondées sur le respect et la compréhension des réalités de groupes marginalisés, l’on pense aux personnes handicapées, fragiles, ou autres et que les orgas prennent le temps d’indiquer et précisé les conditions d’accueil du lieu, aération, accès exterieur. afni de permettre aux personnes en difficulté, de savoir précisément si elles peuvent se joindre à l’événement et si elles seront les bienvenues même masquées… 

autant j’ai badé la discrimination à l’encontre des personnes non vaccinées via le CST, autant je bad ce semblant de retour à la normale qui oublie de nombreuses personnes. 

leave no one behind! liberté et solidarité, les deux faces d’une société à laquelle j’aspire.

et sur ce, quelques infos agenda et le calendrier est toujours disponible pour d’autres idées :

cette semaine : c’est bien sûr et surtout le 8 mars, donc journée internationale des droits des femmes… 

énormément de choses sont organisées tout au long de la semaine… chaud devant. perso, j’ai décidé de faire vraiment la grève : je ne me suis engagée à absolument rien : ni à créer des banderolles (de toute façon je n’ai pas l’âme d’une manifestante), ni à réaliser une émission radio ce jour-là. en vrai, je m’occupe d’abord de moi et en fin de journée, je me ferai un apéro avec les copains (oui c’est que des mecs), de 24h Brussels… ma conscience féministe ne sera pas bien loin, puisque nous discuterons de la nightlife et des mesures prises pour améliorer celle-ci, rapport aux agressions sexuelles dans le milieu. j’ai eu quelques rendez-vous avec d’autres collectifs, fédérations, politiques, etc… (bref j’en parlerai sans doute à l’occasion). 

si tu manifestes : j’ai vu qu’il y avait plein de blocs et que les personnes se réunissent en fonction de valeurs communes (tout n’est pas safe, même dans le féminisme). si je devais en être, je rejoindrais un bloc qui met en avant son côté inclusif : dans lequel toutes les femmes sont bienvenues, sans égard à leur métier, leur couleur de peau ou leurs parties génitales (d’ailleurs on peut commencer à arrêter l’imagerie du clit partout ? c’est pour une amie, merci). 

à noter, parce que c’est important : il a une garderie gratuite organisée pour permettre aux parents solos de marcher en toute sérénité. 

je pense aller me balader, mardi dans l’après-midi, et traîner mes oreilles du côté du Kiosk Radio où un programme radio concocté par Psst Mlle – avec plein de DJ’s super chouettes et talentueuses – est prévu. pas bien loin de là, la gare centrale (pour les marcheuses) et des concerts au Café Boudin où il y aura aussi moyen de dîner végé. 

si tu es plutôt cinéma : le ciné club de l’ONU, propose de visionner et discuter autour du film “Picture à Scientist”

je suis intriguée par la soirée lecture autour du livre “j’ai perdu mon roman” de Laura Tinard, à la Brasserie Atlas, jeudi soir. en lisant le quatrième de couverture, on y lit une référence à un squat d’artistes à bruxelles et on comprend que c’est sans doute la brasserie..  il y aura à manger et à voir (une expo photo de Clara van Der Belen et Christophe Guerard, également sur le squat). 

il y a le film Animals de Nabil Ben Yadir qui sort. c’est dur. c’est basé sur le meutre homophobe de Ihsane Jarfi. chaud. il y a plusieurs séances, parfois en présence du réalisateur, comme par exemple jeudi, au Kinograph. 

jeudi toujours, au Tri Postal (qui vit ses dernières semaines) il y a le retour de l’expo Code Couleur, qui avait débuté il y a quelques années du temps où le Recyclart était encore à la Chappelle (j’avais vu le jaune et le rouge je pense). cette semaine c’est le rose : ce qui veut dire que les artistes invité‧es doivent proposer une oeuvre, une installation autour de cette couleur…mais que le public doit aussi montrer patte rose pour entrer. et si tu n’as pas de rose, tu n’as malgré tout pas d’excuse : car il y a des fringues sur place que tu peux te procurer dans la couleur du thème, à prix libre. 

le vendredi 11 mars, il y a la Fourmillière, un café culturel à Anderlecht, qui clôture sa “semaine des droits des femmes” en passant du son : concert, dj sets… on clôture la semaine mais pas les droits, rassure-toi.

et puis c’est le week-end : entre une conférence gesticulée “born to be queer” au Crazy Circle, des films érotico-sex dans le cadre de l’Offscreen Festival, une fête à Buda Bxl, il y en a pour tous les goûts et horaires. la soirée ce sera la bass musique (de la jungle au garage en passant par le breakbeat) et est organisée par Brussels Bassed, Bxl Underground, avec des DJ venus des pays-bas ou de grande bretagne, à côté de nos Dj’s locaux. bon, je peux pas m’empêcher de partager : c’est une soirée qui veut sans doute qu’on ne prenne pas trop nos aises, vu le line up très masculin…

dimanche en mode tranquille : ce sera un passage par le Clignoteur pour découvrir l’installation sonore, les lives, les dessins de Younes Zarhoni, et pas bien loin, une performance de Gwendolin Robin à la Centrale.

une semaine bien remplie. surtout d’amour je l’espère pour toi… 

yelyam

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