Déambulation(s)#1 – Choc esthétique & Médiation culturelle

Je vous présente une nouvelle chroniqueuse sur I’m Not On The Guest List : Sarah partage ses flâneries dans la ville et nous invite à la découverte…

Ce sont donc les Déambulations. Premier épisode : 

« Disorder » de Olivier Bonaffini

Le Jacques Franck (Saint-Gilles)

Le 21.11.2018

Ce premier chapitre des Déambulation(s) ne s’est pas exactement passé comme prévu. Déroute, questions et sentiments contraires ont animé mes premiers pas de chroniqueuse sur I’m Not On The Guest List. Mais en même temps ce n’est pas plus mal, écrire sur une expérience culturelle loupée, en tirer des enseignements. Moi qui voulait rédiger un papier sur l’exposition en elle-même, je me suis finalement retrouvée à traiter d’un sujet plus global, sans lien avec l’essence-même du travail de l’artiste.

Quitte à ne pas avoir passé un super moment, autant se prêter au jeu et décortiquer tout ça.

Ainsi, me voici en route mercredi matin pour le Jacques Franck, le centre culturel de Saint-Gilles, pour l’expo « Disorder » d’Olivier Bonaffini ; je m’y rends après avoir lu seulement quelques lignes sur le site Internet du lieu. Il faut savoir que je choisis mes expos un peu comme je choisis quel film aller voir au ciné. Je fonctionne pas mal à l’instinct, je ne me renseigne quasiment pas avant, j’aime en savoir le moins pour mieux apprécier la découverte. Petit résumé succin des indices laissés sur le site et qui, aux premiers abords, m’ont convaincu d’aller voir cette expo plutôt qu’une autre ; à travers ses peintures, Olivier Bonaffini questionne notre rapport entre le matériel et le spirituel, ainsi que notre relation aux nouvelles technologies. Je parcours quelques photos de ses œuvres ; il y est évoqué des techniques picturales de « recouvrement » et d’ « effacement », les lignes sont abstraites, quasiment ténues. En tout cas, nous ne sommes pas face à des œuvres « abordables » et compréhensibles au premier coup d’œil.

Peu m’en faut, je tente le coup. C’est un centre culturel, de l’art abstrait, il va forcément y avoir quelqu’un pour m’aiguiller, des cartels sous les œuvres pour me guider à travers mon expérience de spectatrice. L’exposition se déroule dans le hall du Jacques Franck, les œuvres sont accrochées de part et d’autres de la salle. Avant de rentrer, je me munis du dépliant laissé à l’intention des visiteurs. Et là commence ma déroute. Je fais un premier tour rapide du lieu, et à part les œuvres, il n’y a littéralement RIEN. Bon, soit, petit coup d’œil au dépliant ; sur le recto, il y a certes une série de petits textes explicatifs sur l’univers et les techniques de l’artiste, suivi au verso d’un plan de l’expo.

Dans l’un des ces textes, une phrase m’interpelle « C’est pourquoi l’essentiel est ce que la peinture engendre et le rêve qu’elle porte. Soumise au regard du spectateur : il se retrouve seul avec lui-même ». Et c’est là, pour moi, que réside le gros problème de ce genre de parti pris. Alors comme ça, il suffit d’accrocher une toile et d’attendre que le choc esthétique entre le spectateur et l’œuvre d’art s’opère de lui-même ? En fait, comme médiation culturelle, on choisit de ne pas en faire, de livrer le bébé tel quel, et attendre que la magie opère.

Si je m’étais retrouvée face à cette exposition dans une petite galerie indé, je ne dis pas. On voit ça souvent, c’est classique, c’est pour un public ciblé, de connaisseurs, un public qui possède les codes pour décrypter ce genre d’art. Sauf que là, nous sommes dans le hall du centre culturel de Saint-Gilles. Donc subventionné, avec un devoir d’éducation culturelle, de mise en place d’outils pour la population locale. Sans action culturelle, on creuse d’emblée un fossé entre la proposition artistique et le public, et du coup ce dernier n’en est plus un. On ferme les portes à tout un pan de la population locale, qui du coup n’ira pas d’elle-même voir une exposition pourtant gratuite et en accès libre.

Je ne crois pas au choc esthétique. Encore moins face à une œuvre abstraite. S’il n’y a pas un travail d’accompagnement culturel en amont, alors on reste dans une exposition pour les « élites culturelles », destinée à un public qui se rend de lui-même dans les expositions.

Attention, je ne remets pas en cause l’œuvre artistique d’Olivier Bonaffini ; au contraire, son propos a attiré mon attention. Cette volonté de questionner notre propre individualité dans un monde en transformation perpétuelle est un sujet passionnant. Mes recherches post-exposition m’ont amené sur le site de l’artiste : « La peinture me passionne lorsqu’elle provoque, interpelle, interroge, cherche, mais plus que tout lorsqu’elle évoque, inspire ou suggère plutôt que lorsqu’elle montre ».

En fait, c’est juste dommage que l’équipe du Jacques Franck n’ait pas pris au pied de la lettre cette phrase ; c’est ce vers quoi il faut tendre dans un centre culturel ! La recherche, le questionnement, mettre en place des ateliers de réflexions avec les scolaires, les ASBL qui foisonnent à Saint-Gilles ! La simple visite de l’exposition ne peut se suffire à elle-même, il y a tant de choses à proposer autour pour créer une relation pérenne entre un public pas forcément initié et le centre culturel. Si l’expérience du visiteur est enrichissante, s’il en ressort avec quelque chose en plus, alors le pari est gagné.

En tout cas, je ressors au bout d’à peine une demi-heure un peu frustrée, des questionnements sur les rouages de l’action culturelle plein la tête ; et je ressens à cet instant le besoin de coucher tout ce fourmillement brumeux sur papier, pour y voir plus clair. C’est maintenant chose faite.

Pour se faire sa propre idée, c’est par ici : https://lejacquesfranck.be/event/disorder/2018-09-14/

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